La confiance en soi

Il n’y a pas longtemps, j’ai réalisé un sondage sur LinkedIn pour savoir si le concept de confidence gap était connu. Résultat ? Plutôt inconnu.

Et pourtant, ce phénomène touche profondément la confiance en soi des femmes.

Qu’est-ce que le confidence gap ?

Le confidence gap (ou écart de confiance) désigne la différence de confiance en soi entre les femmes et les hommes, notamment dans le monde professionnel.

Concrètement :

  • Les femmes ont tendance à douter davantage de leurs compétences
  • Elles attendent d’être parfaitement prêtes avant d’agir
  • Les hommes, eux, passent plus facilement à l’action, même imparfaitement

👉 Exemple bien connu :
Un homme postule avec 60 % des critères.
Une femme hésite encore… avec 90 % des compétences.

Pourquoi les femmes manquent-elles de confiance en soi ?

Le confidence gap des femmes n’est pas un hasard. Il est profondément ancré dans notre histoire.

Pendant des siècles, les femmes ont été privées de pouvoir, de savoir… et donc de confiance en soi.

Explorons quelques faits historiques pour mieux comprendre ce phénomène.

La chasse aux sorcières : peur des femmes et du savoir féminin

Entre 1450 et 1700, on estime entre 40 000 et 60 000 exécutions en Europe. 75 à 85 % des victimes sont des femmes.

Pourquoi ? Parce que le savoir des femmes dérange dans une société dominée par les hommes et l’Église.

Beaucoup de femmes accusées étaient :

  • sages-femmes
  • guérisseuses
  • herboristes

Ou simplement des femmes indépendantes, qui osaient s’exprimer.

👉 Être une femme libre pouvait suffire à être condamnée.

Le mythe de l’infériorité intellectuelle des femmes

En 1879, Gustave Le Bon affirme :

« Les cerveaux de nombre de femmes sont plus rapprochés en taille de ceux des gorilles que des cerveaux mâles plus développés. »

À l’époque, certains vont encore plus loin :
on affirme que les femmes seraient intellectuellement inférieures… notamment parce qu’elles perdent du sang chaque mois, ce qui “réduirait l’irrigation du cerveau”.

Ces théories, aujourd’hui discréditées, ont pourtant été prises au sérieux pendant des décennies.

Ces discours ont durablement influencé la perception des femmes et des hommes quant aux capacités des femmes.

Un accès tardif à l’éducation

En Belgique, ce n’est qu’en 1920 que l’université de Louvain ouvre ses portes aux femmes, après Bruxelles, Gand et Liège en 1880.

Et pourtant, même dans les années 1960, une idée persiste : “Une femme trop diplômée ne trouvera pas de mari.”

Comment construire sa confiance en soi quand apprendre est déjà un problème ?

Des professions limitées pour les femmes

Jusqu’au XXe siècle, les femmes sont cantonnées à trois secteurs :

  • domesticité
  • textile
  • enseignement primaire

En 1910, plus de 70 % des femmes actives travaillent dans ces métiers peu valorisés.

Il ne s'agit pas d'un manque d’ambition mais d'un manque d’opportunités.

Un rôle réduit à la sphère domestique

Jusqu’aux années 1960, le modèle dominant est celui de la femme au foyer.

La place des femmes est alors définie de manière très restrictive :
leur rôle serait “naturellement” de concevoir, d’élever les enfants et de s’occuper du foyer, au nom d’un supposé instinct maternel.

En Belgique :

  • En 1947, moins de 30 % des femmes mariées exercent une activité professionnelle
  • Jusqu’en 1958, les femmes mariées sont juridiquement incapables et soumises à l’autorité de leur mari
  • Celui-ci contrôle leurs revenus… et peut même décider si elles ont le droit de travailler

Une question de survie… devenue un réflexe

Pendant des siècles, pour une femme :

  • parler = danger
  • savoir = danger
  • être visible = danger

Alors oui, se taire, se faire petite, douter…
c’était aussi une stratégie de survie.

Le confidence gap aujourd’hui : un héritage encore présent

Le confidence gap des femmes, c’est l’héritage de cette histoire.

Ce n’est pas un manque de compétences.
Ce n’est pas un problème individuel.

👉 C’est une construction sociale.

Et pourtant, aujourd’hui encore, les femmes continuent à se blâmer pour leur manque de confiance en soi

Et si on changeait de regard ?

Non, les femmes ne naissent pas avec moins de confiance en soi. Mais elles héritent de siècles de conditionnement.

👉 L’inné est souvent… un acquis transgénérationnel.

Si tu souhaites aller plus loin dans la compréhension de cette Histoire qui nous conditionne, je t’invite à lire le chapitre 8 de Pandore a raison, intitulé “Le patriarcat”.